Les chauves-souris pratiquent la distanciation sociale…

Publié le 28 juin 2021

… pour éviter la contamination, d’après une étude de l’Université de Tel-Aviv

Un article du 09.06.21 des Amis de l’Université de Tel-Aviv

D’après une étude menée par le Dr. Kelsey Moreno et la doctorante Maya Weinberg dans le laboratoire du Prof. Yossi Yovel, Directeur de l’Ecole des Neurosciences et chercheur à l’Ecole de zoologie de l’Université de Tel-Aviv, les chauves-souris malades, tout comme les humains, préfèrent rester à l’écart de leur communauté, probablement pour se rétablir, et peut-être aussi pour protéger leurs semblables de la contamination. Selon les chercheurs, cette caractéristique diminue également considérablement le risque de transmission des maladies des chauves-souris aux humains.

Chauve souris frugivore cover

L’étude a été publiée dans la revue Annals of the New York Academy of Science.

Avec la pandémie du Covid-19 sont apparues des expressions comme « confinement », « isolation » et « distanciation sociale », désignant des processus devenus partie intégrante de notre comportement social dans le monde entier. Il semble à présent que les chauves-souris, considérées comme des créatures extrêmement sociales, vivant en colonies pouvant compter des milliers d’individus, pratiquent également la distanciation sociale pour empêcher le déclenchement d’épidémies.

Restent volontairement dans leur grotte

Dans le cadre de l’étude, les chercheur ont suivi deux colonies de chauve-souris frugivores, dites « roussettes égyptiennes », type de chauve-souris le plus fréquent en Israël, l’une hébergée dans un enclos, l’autre dans son environnement naturel. Par ailleurs, pour examiner le comportement des chauves-souris malades, les chercheurs ont injecté à plusieurs spécimens de chaque groupe une protéine semblable à une bactérie, dans le but de stimuler leur système immunitaire sans les mettre en danger. Des tests sanguins effectués sur ces chauve-souris « malades » ont montré des symptômes de maladie, telle qu’une augmentation de la fièvre, de la fatigue et une perte de poids. Le comportement des chauves-souris « malades » a été suivi grâce à l’emploi de GPS miniature.

Yossi Yovel Bats

Les chercheurs ont pu découvrir que les chauves-souris « malades » choisissent de s’isoler et de rester à l’écart de leur colonie. Les spécimens malades du premier groupe ont quitté le groupe d’eux-mêmes et gardé leurs distances par rapport au reste de la colonie. De même dans le deuxième groupe, les chauves-souris malades ne sont pas sorties de leur grotte, pas même pour aller chercher leur nourriture, pendant deux nuits successives.

La doctorante Maya Weinberg explique que ce comportement de distanciation sociale est probablement causé par la nécessité pour les mammifères ailés de conserver leur énergie, car les interactions sociales impliquées par la participation à la vie du groupe exigent un investissement énergétique incessant. Elle souligne cependant que ce comportement peut également protéger le groupe et empêcher la propagation du pathogène au sein de la communauté. De plus, le fait que les chauves-souris malades ne quittent pas la grotte, empêche également la maladie de se propager à d’autres colonies.

« Si nous protégeons les chauves-souris, elles nous protégerons aussi »

« Le choix conscient des chauves-souris de rester à l’écart du groupe est très inhabituel pour ces animaux, qui sont normalement des créatures extrêmement sociales, vivant dans des colonies très denses », souligne Maya Weinberg. « En fait, leur comportement rappelle beaucoup le nôtre lorsque nous somme malades. Tout comme nous préférons alors rester tranquillement à la maison sous les couvertures, les chauves-souris, vivant dans des grottes d’une grande densité de population, préfèrent être également seules et recherchent le calme pour récupérer en paix ».

Le Prof. Yovel ajoute que, selon les résultats de l’étude, la probabilité que les chauves-souris transmettent des agents pathogènes aux humains dans des conditions normales est très faible, en raison de ce comportement. « Nous avons observé que pendant la maladie, les chauves-souris choisissent de rester à l’écart de l’environnement et de ne pas quitter la colonie. Cela suggère que pour rencontrer une chauve-souris malade, on doit véritablement faire intrusion dans son environnement naturel ou encore éliminer son habitat. En d’autres termes, si nous protégeons les chauve-souris, elles nous protégeront aussi ».

Photos :

  1. Une chauve-souris frugivore (Crédit Yuval Barkai)
  2. Le Prof. Yossi Yovel (Crédit : Université de Tel-Aviv)

Source : Amis de l’Université de Tel-Aviv

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