Coco Chanel, une créatrice renommée… une antisémite méconnue

Publié le 15 juillet 2021

Les lumières des défilés et les profits faramineux des produits Chanel ont complètement occulté le côté sombre de Mademoiselle Chanel dans ses aspects  business-haine  et trahison-marketing.

Quand on évoque Coco, on est plutôt dans le genre conte de fée : une jeune femme d’origine très modeste qui s’émancipe, dans une société toujours très mâle, qui profite de sa beauté, des hommes, qui innove et qui réussit.

Elle qui symbolise l’élégance française dira d’elle-même : ‘’ Je ne fais pas la mode, je suis la mode. ‘’

Les associés juifs dans la société « Parfums Chanel »

  • Quand Coco sort son parfum le plus célèbre, le N° 5 en 1921, elle pense à une diffusion internationale de ses parfums.
  • En 1924, elle s’associe avec Pierre et Paul Wertheimer pour créer la société « Parfums Chanel » et passer à une dimension internationale. Les 2 frères dirigent depuis 1917, la célèbre maison de parfums « Bourjois ».
  • L’association : les Wertheimer financent 100% de la production, du marketing et de la distribution du N° 5. Coco Chanel reçoit 10% des actions de la société « Parfums Chanel » et donc des dividendes et reste totalement en dehors de la gestion opérationnelle.
  • Dès sa diffusion, le N° 5 va générer des profits considérables, jusqu’à ce jour encore.
  • Les enjeux financiers sont tellement énormes que Coco Chanel, très rapidement, ne va plus se satisfaire des dividendes sur ses 10% d’actions. Elle va tenter de prendre le contrôle total de cette poule aux œufs d’or.
  • Les relations entre associés sont par ailleurs bien tendues, Coco parlait de son associé Pierre Wertheimer dans des termes, très éloignés de l’élégance dont elle était le symbole : elle disait de lui ‘’le bandit qui m’a « baisé »’’.
  • Coco Chanel va accumuler 17 ans de rancœur, de 1924 à 1941.

Le N°5 va avoir des odeurs de trahison dans une France occupée

Coco va profiter du décret d’aryanisation des biens juifs pour tenter de s’approprier la totalité de la société. En effet, les Wertheimer sont propriétaires majoritaires de la société Parfums Chanel et ils sont juifs.

  • Le 5 mai 1941, Chanel envoie une lettre au gouvernement de Vichy, en charge de la disposition des biens juifs. Elle écrit : ‘’ Je me porte acquéreur de la totalité des actions Parfums Chanel qui (…) sont encore la propriété de Juifs et que vous avez pour mission de céder ou de faire céder à des sujets aryens ‘’.
  • On peut lire encore dans cette lettre :
    • que ces actions ont légalement abandonnées par les propriétaires,  
    • qu’elle a priorité pour cette acquisition,
    • que les profits qu’elle a perçus pour ses créations depuis la fondation de la société sont disproportionnés et qu’ainsi le préjudice subi depuis 17 ans serait partiellement réparé.

Les frères Wertheimer seront-ils les victimes des nazis et de la trahison et de la rancœur de Coco Chanel ?

  • Ils avaient heureusement anticipé la politique de spoliation des nazis. A l’insu de Coco Chanel, ils ont, en mai 1940, placé un prête-nom à la tête de la société Parfums Chanel, un industriel français, Félix Amiot, qui leur rendra la société la guerre finie.
  • Coco Chanel a eu beau dénoncer ce tour de passe-passe dans sa lettre, elle n’a pas eu gain de cause.

En 1947, les anciens associés signent un accord

  • Les frères Wertheimer vont verser à Coco :
    • les bénéfices que la vente du N° 5 a produits pendant la guerre, soit l’équivalent de 9 millions $ actuels ?
    • 2% du montant des ventes annuelles mondiales du Chanel n°5, soit environ 25 millions de dollars par an.

Entre la rancune et la marche des affaires, les frères Wertheimer ont fait leur choix : celui du profit.

Coco Chanel, après 9 années discrètes passées en Suisse en compagnie de son amant allemand, est revenue à l’avant-plan de la promotion de la marque, son prestige intact était encore utile à la maison Chanel. 

  • Pour la petite histoire : on raconte qu’un des frère Wertheimer vibrait encore au souvenir des relations intimes qu’il aurait eues avec elle.

Coco Chanel, une espionne au service du régime nazi

  • Un journaliste américain, spécialiste de la Deuxième Guerre mondiale, Hal Vaughan, a écrit une biographie grinçante en août 2011. Le titre en dit déjà long : ‘’Sleeping with the ennemy, Coco Chanel Secret War’’. C’est le seul biographe qui révèle le passé d’espion et le passé antisémite de Coco Chanel.
  • Il révèle, preuves à l’appui, que Coco Chanel était une espionne au service du régime nazi. Elle était l’agent F- 7124 et son nom de code  était : Westminster (du nom du Duc de Westminster, son amant).
  • Il raconte qu’elle a été recrutée en 1940 et sa première mission a été pour l’Abwher, les services de renseignements de l’état-major allemand. Coco connaissait énormément de personnes influentes, jusqu’à Winston Churchill. L’armée allemande a voulu l’utiliser comme intermédiaire pour profiter de ses réseaux.
  • Après la guerre, Coco Chanel a été arrêtée pour crime de guerre mais elle n’a jamais été condamnée. Elle est partie se faire oublier quelque temps en Suisse, sur les bords calmes du lac Leman. Elle a sans doute bénéficié de l’amitié que Winston Churchill avait pour elle.               

Une part d’ombre peu dévoilée. Pourquoi ?

  • En 1996, le quotidien français Le Monde fait un portrait de Coco Chanel, à l’occasion des 25 ans de sa mort. Il évoque l’espionnage au service de l’Allemagne et ses relations intimes avec un officier de la gestapo, de 25 ans son cadet. Mais pas un mot sur son antisémitisme.
  • Quant aux productions cinématographiques aux dizaines de biographies consacrées à cette icône du prestige français, aucune ne fait état de cette partie trouble du parcours de Coco Chanel.
  • Selon Serge Klarsfeld, le chasseur de nazis réputé, la discrétion vient du fait que Chanel est partie en Suisse après la guerre et qu’elle a pu se faire oublier. Et puis, quand elle revenue à Paris, la famille Wertheimer a continué à travailler avec elle, et cela n’a pas incité à poursuivre des investigations.

La pression de la maison Chanel

  • Le dernier élément de ce silence étonnant n’est pas le moindre puisqu’il provient de la maison Chanel elle-même. Ainsi, pour faire un film sur Coco Chanel, il faut pouvoir montrer le sigle, utiliser la marque, utiliser les lieux de l’atelier, etc. L’accord de la maison Chanel a un prix : elle impose de ne pas parler du comportement de Coco pendant la guerre.
  • La maison Chanel a encore un argument et de poids : Chanel est le plus gros acheteur d’espaces publicitaires dans les médias !

Coco Chanel représente encore et toujours le bon goût français. Les lois du marché priment, on ne tue pas les idoles.

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Par Dominique Goldberg, d’après sa chronique « D’ici et d’ailleurs, une chronique des Juifs dans le monde et du monde juif ». Diffusée sur Radio Judaïca en 2018.

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