Les origines nazies d’une icône … à 4 roues et 1 moteur

Publié le 1 juillet 2021

Une forme ronde, des phares comme des yeux de batracien, un best-seller de l’histoire automobile : c’est la « Coccinelle ».

La Coccinelle, c’est la voiture de Monsieur Tout-le-Monde, des intellectuels comme des hippies.  Modèle mythique avec ses formes rondes, ses yeux de batracien, best -seller de l’histoire de l’automobile, machine increvable avec sa robuste simplicité mécanique à la bouille craquante.

La Coccinelle est bien plus qu’une automobile, elle évoque l’enfance, l’indépendance, la liberté. !

Et pourtant, savez-vous que cette jolie mécanique a un parrain gênant, qui n’est autre que Adolph Hitler, qu’elle est un héritage industriel du IIIe Reich ?

La Coccinelle a même été plus que cela : elle a été un objet de la propagande du régime nazi, dès la prise du pouvoir de Hitler en Allemagne.

  • La Coccinelle, la « Beetle », aussi surnommée « Cox », a été la première automobile produite par la marque allemande Volkswagen, littéralement «  la voiture du peuple ».

C’est le quotidien américain le New York Times, inspiré par son habitacle arrondi, qui lui a donné ce surnom, Beetle, qui va s’imposer dans le monde entier.

En allemand, son nom est nettement moins sympathique, c’est la « Kâfer », le cafard.

  • Hitler rêve de donner aux Allemands la version germanique de la Ford T, la 1ere voiture américaine produite en série.

A l’automne 1933, Hitler va mettre en œuvre son rêve de motorisation massive de l’Allemagne : la même voiture pour tous, pour faire entrer le pays dans la modernité et égaler les USA.

Le dictateur va demander à Ferdinand Porsche de concevoir :

– une voiture simple

– pouvant transporter quatre personnes

– à une vitesse de 100 km/h sur les futures autoroutes du Reich

– avec une consommation 7 l./100 km. 

– à un prix de vente inférieur à 1.000 Reichsmarks (soit 250 dollars en 1933 ou le prix d’une moto à l’époque).

Ferdinand Porsche fait le tour des officines du monde entier pour satisfaire aux exigences de Hitler et part notamment aux Etats-Unis pendant l’été 1936.

Il va y apprendre les techniques industrielles de fabrication à grande échelle, que seule l’Amérique connaît alors. 

Notons qu’Henry Ford, antisémite notoire, est fier de lui ouvrir les portes de ses usines. De même que les usines Packard et G.M. 

Pour financer une production massive à faible coût, les capitaux viendront du privé, de l’Etat et d’une participation obligatoire des constructeurs automobiles allemands. 

  • Pour l’anecdote 

L’usine de production

Le 26 mai 1938, qu’Hitler inaugure la première pierre de l’usine de la production en série de la voiture pour tous, l’usine Volkswagen.

L’inauguration a lieu en grande pompe, devant 70.000 personnes. Mais en réalité, c’est seulement devant un décor de théâtre avec 3 prototypes de voitures exposés.     

• En 1939, Ferdinand Porsche offre à Hitler, « sa » voiture, en guise de cadeau d’anniversaire.

Le Musée d’Hitler soutient que c’est Hitler lui-même qui a créé la première esquisse de la Volkswagen Coccinelle, sur un coin de table, dans un restaurant à Munich en 1932 .  

Ce que ne dit pas le Musée de Hitler, c’est que… le Führer ne savait pas conduire !

  • Une voiture pour tous…vraiment ?

Dès son lancement en fin 1938, la Coccinelle connaît un succès fulgurant. 

Son prix de vente est de 990 Reichmarks, payable en 4 ans par souscription, avec un paiement hebdomadaire de 5 Reichmarks. Ce qui représente quand même 20% du salaire moyen d’un ouvrier.

350.000 Allemands vont y souscrire et attendre de recevoir leur numéro d’ordre de livraison une fois la somme de 750 Reichmarks payée. Ce qui représente un plan d’achat différé de 67 millions de $.

Or, aucun des 350.000 souscripteurs n’a jamais reçu sa voiture !

Pourquoi ? Parce que, le début des hostilités, en septembre 1939, va changer la vocation de l’usine Volkswagen.

Avec l’argent investi par les travailleurs, ce ne sont pas des « Käfer » qui vont sortir des chaînes de production, mais du matériel militaire !

Comment ont réagi ceux qui avaient commencé à payer ?

Personne n’a protesté de peur des représailles de la police secrète du Reich.

  • La Coccinelle, voiture emblématique du régime nazi, aurait-elle été créée par un ingénieur juif ?

Un journaliste hollandais passionné d’automobile, Paul Schilperoord, affirme que le père de la Volkswagen, la voiture du peuple, n’est pas Ferdinand mais un ingénieur juif, Josef Ganz. Il développe cette idée dans son livre paru en 2010, « La vie extraordinaire de Josef Gans, l’ingénieur juif derrière la voiture de Hitler, la Volkswagen ».

Selon l’auteur, c’est Joseph Ganz qui aurait réalisé son prototype de petite voiture à motorisation arrière en 1933 et l’aurait appelé la « Volkswagen », la voiture du peuple mais n’a pas rencontré le succès attendu.

La même année, les nazis prennent le pouvoir, Ganz est arrêté par la Gestapo sur l’accusation de chantage auprès de constructeurs et de sabotage de l’économie allemande. Il échappe à une tentative d’assassinat et réussit à fuir en Suisse en 1934, où il restera jusqu’à la fin de la guerre.

  • La petite histoire dans la grande : le succès commercial de la Beetle aux Etats-Unis à la fin des années 1950.

Ronde, lente et nazie, la VW n’aurait jamais dû s’imposer aux Etats-Unis, qui préfère les grands formats avec 260 chevaux sous le capot.

«Pourquoi les gens achètent-ils des Volkswagen plus vite qu’elles ne peuvent être fabriquées?» Ce slogan, date de la fin des années 1950.Le publicitaire en vogue de l’époque, le new yorkais Bill Bernbach, a eu l’idée géniale de jouer avec des paradoxes de ce genre pour persuader ses compatriotes d’acheter la Coccinelle originelle dont ils ne voulaient pas. En la présentant comme « ratée », « cabossée » ou « laide », il lui a assuré une qualité inestimable sur ce marché : la réputation d’être une « honest car », une voiture honnête.

Il faut dire que le défi était de taille, comme l’a exprimé le directeur de l’agence de pub : « Vendre une voiture nazie dans la plus grande ville juive du monde ! ».

  • L’idée de la voiture du peuple a été un argument de propagande, un outil politique.

En mai 1938, quand la construction de l’usine de production commence, le Führer pensait plutôt expansion que confort de sa population. En effet, cela fait deux mois qu’il a annexé l’Autriche, l’annexion des Sudètes va suivre ainsi que l’embrasement mondial.

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